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Derrière l'échec médiatique d'Albert, un projet d’IA plus global qui s'ancre dans l'État

Par Victoria Beurnez - 13 février 2026 - 6 min de lecture

Au début de l'année, on apprenait que le projet “Albert” n'allait finalement pas être “généralisé dans sa forme actuelle”. Ce chatbot de la DSI de l'État, lancé en grande pompe dans les maisons France services il y a deux ans, avait déçu les agents en raison de dysfonctionnements. Mais cet outil ne reste qu'une petite partie de ce que construit la direction interministérielle du numérique : “Albert” est devenu, depuis, le socle interministériel pour l'intelligence artificielle.

Image d'illustration générée par Midjourney

“Albert n’a pas très bien fonctionné, le projet est terminé”, révélait, début janvier, le cabinet du ministre de la Fonction publique et de la réforme de l’État, David Amiel, interrogé sur les suites de ce projet de la direction interministérielle du numérique (Dinum). Qui est cet Albert, et pourquoi n’a-t-il pas fonctionné ? Albert est le nom donné, initialement, au socle d’intelligence artificielle de la Dinum, rendu public il y a un peu plus de deux ans sous la forme d’un agent conversationnel expérimental. 

“Albert, initialement, c’était la création d’une marque, et la volonté de pouvoir dire : dans l’État, on peut aussi utiliser de l’intelligence artificielle sans dépendre des Gafam.” C’est ainsi que Nathanaël Romano, co-responsable du département d’intelligence artificielle de la Direction interministérielle du numérique (Dinum), décrit le projet, devenu aujourd’hui le socle commun interministériel d’IA dans l’État.

En 2024, le grand public découvrait l’agent conversationnel Albert, auquel faisait référence le cabinet de David Amiel, dans un faux départ malheureux : une séquence télévisuelle le présentait à l’occasion d’une expérimentation dans une maison France services. Problème : lors de cette expérimentation, le chatbot répond en faux à une question posée par le Premier ministre, Gabriel Attal, présent ce jour-là. “Quel est le prix de renouvellement d’une carte d’identité ?”, lui avait demandé celui qui était alors Premier ministre. Réponse : “C’est gratuit.” Or, le prix de renouvellement d’une carte d’identité est de 25 euros. Ainsi a débuté l’histoire mouvementée d’Albert, dont le succès médiatique a par la suite été anéanti par un épisode de l’émission Cash Investigation interrogeant plusieurs agents déçus du dispositif. Ces derniers avaient en effet constaté plusieurs dysfonctionnements ou erreurs dans les réponses de l’agent conversationnel, là où la Dinum leur avait promis un gain de temps et d’efficacité.

Mais selon Nathanaël Romano, les pleins phares ont été lancés à l’époque sur ce projet qui ne représentait qu’une toute petite partie de ce que la Dinum développait, et développe toujours, pour booster l’IA dans l’administration. “Le projet Albert était une initiative consistant à démontrer que l’État peut prendre des modèles du marché, certains commerciaux (comme Mistral), d’autres sous licence libre, les mettre sur des infrastructures maîtrisées puis les mettre à disposition des ministères qui pourraient s’en servir aussi facilement qu’un outil venu du privé”, explique Nathanaël Romano.

Lire aussi : Stéphanie Schaer : “Pour affirmer le rôle de la Dinum en tant que CTO de l’État, nous misons sur l’édiction de normes et l’audit ”

Dans ce projet “Albert”, donc, trois produits ont constitué le socle commun. Albert API, une première brique, est le “cœur” d’accès à tous les produits de la Dinum, une sorte de “porte d’entrée” pour les projets IA lancés dans les ministères. “On prend les modèles d’intelligence artificielle, on les met sur notre infrastructure et ensuite on les rend disponibles – voilà le principe d’Albert API”, explique Nathanaël Romano. Aujourd’hui, effectivement, Albert API est le socle de dizaines de projets IA de la sorte. C’est par exemple sur Albert API qu’a été construit l’Assistant IA déployé récemment à 10 000 agents publics. Deuxièmement, Albert Conversation, “le premier démonstrateur de chatbot, qui est maintenant devenu l’Assistant IA”. Et enfin, Albert Data, une sorte d’agrégateur des données publiques de référence – les bases de Légifrance, par exemple – pour les intégrer à Albert API.  

Le chatbot de la discorde

Et au milieu de tout ça, “Albert France services”, une déclinaison d’Albert Conversation. Ce chatbot, une expérimentation menée auprès d’une soixantaine de conseillers de maisons France services, “est celui qui a fait le plus de bruit”, concède le responsable. Le projet d’Albert France services, comme le reste de ces expérimentations, avait vocation à tester des cas d’usage pour outiller, en l’occurrence, les agents des maisons France services, et leur permettre de répondre à des questions simples pour gagner en temps et en efficacité.

“De notre point de vue, Albert France services a rempli son rôle de démonstrateur, en montrant que cette technologie était capable de répondre à de potentiels cas d’usage métiers”, abonde Ishan Bhojwani, son co-responsable, qui rappelle que “les maisons France services ne sont pas dans le périmètre de la Dinum, mais dans celui de l’Agence nationale de la cohésion des territoires, qui s’est emparée des enseignements de l’expérimentation pour envisager la suite. Dès lors, il n’était pas possible qu’en 2026, la direction continue d’opérer un outil métier dans ce cadre”.

Pour les deux co-responsables, le chamboulement médiatique autour d’Albert France services – souvent nommé simplement Albert – n’était pas vraiment fidèle à la taille de cette expérimentation. Pourtant, le projet devait bien être généralisé à toutes les maisons France services, selon les dires, à l’époque, de l’administration. Ce n’est qu’en début d’année que la Dinum a finalement discrètement annoncé que son outil à destination des maisons France services ne serait “pas généralisé dans sa forme actuelle”.

Force est de constater, tout de même, que le sujet a pu prêter à confusion. D’abord, parce que le lancement d’Albert France services s’est fait de manière presque concomitante avec l’annonce de la généralisation d’un assistant conversationnel à destination des agents publics, l’administration mettant donc sous un même nom – Albert – Albert France services et Albert Conversation, devenu depuis l’Assistant IA. Quand bien même, selon la Dinum, Albert France services n’était qu’une petite partie, à titre expérimental, de son projet plus général, Albert.

Lire aussi : L’État signe un contrat avec Mistral pour booster son “chatbot” Albert

Et parce qu’en juin 2024, la direction du numérique de l’État a annoncé son ambition de généraliser “son offre d’IA générative” à l’ensemble des administrations, mais aussi aux collectivités locales, renforçant la confusion générale sur la généralisation de ce que tout le monde pensait être l’expérimentation portée dans les maisons France services. Aujourd’hui, les projets sont bien séparés, certes. Albert est bien une offre “multiple”, et surtout un socle interministériel permettant aux ministères de déployer des IA génératives au sein de leurs administrations. 

Une solution explorée avec la Dila

Finalement, que reste-t-il aujourd’hui d’Albert France services ? Selon Ishan Bhojwani, l’Agence nationale de cohésion des territoires serait en discussion avec la Direction de l’information légale et administrative. “Il se trouve que l’expérimentation a beaucoup appris à l’ANCT, puisqu’ils ont décidé, tout de même, de déployer une solution d’intelligence artificielle fortement inspirée du démonstrateur Albert France services”, détaille le responsable du département IA.

Lire aussi : À la Dila, l’IA se construit en fonction des besoins métiers

Le projet fait ainsi partie de leurs chantiers pour l’année 2026 : il s’agit en réalité du projet Aria, que décrivait la Dila dans nos colonnes il y a quelques semaines, destiné à ses propres agents, et qui aurait donc vocation à être adapté pour les maisons France services. “L’architecture que l’on avait mise en place à l’époque était une esquisse de ce projet. Finalement, il est bien plus pertinent que la Dila, qui est la source de ces données, soutienne ce projet dans sa phase d’industrialisation”, précise Ishan Bhojwani. La boucle devrait toutefois être bouclée : la Dinum est actuellement en cours de discussion avec la Dila pour articuler ce nouveau dispositif avec Albert API. “Il y aura quand même une suite logique”, affirme ainsi le co-responsable.  

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